à propos/about

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“Tout le monde sait que l’artiste tient à la fois du savant et du bricoleur: avec des moyens artisanaux, il confectionne un objet matériel qui est en même temps objets de connaissance”

Préambule
Matière-revue est un collectif d'art qui revisite les notions d'oeuvre, d'exposition et de savoir à la manière intempestive d'un bricoleur.

Nous envisageons la création artistique comme résultant d’une pratique collective d’appropriation, de détournement et de falsifications des idées et procédures qui composent notre vie concrète. Pour nous, la création consiste ainsi à disposer dans une situation expérimentale nos habitudes quotidiennes ainsi que certains objets auxquels nous attribuons un sens stable.

En ce qui concerne la pratique curatoriales, nous ne l'envisageons pas comme un champ neutre, mais comme une démarche qui prétend nécessairement modifier les significations propres à la matière qu’elle présente. Il s’agit ainsi d’une activité potentiellement inventive, nourrie par une réflexion que vise à interroger les conditions de réception d'une oeuvre.

Par la circulation de savoirs, nous la comprenons comme un exercice théorique collectif d’inscription critique de notre contemporanéité dans un compréhension plus élargie de histoire de l’art. L’idée étant de décrypter dans certains enjeux de la tradition artistique ce qui peut nous aider à avancer sur des problématiques contemporaines.

Acte I — la vie est un brouillon sans devoir

En septembre 2016 notre collectif a été invité à tenir un atelier au sein de l’occupation temporaire de l’hôpital Saint-Vincent de Paul au 14ème arrondissement de Paris, dans le cadre du projet Grands Voisins. Nous y avons eu l’opportunité de travailler les problématiques qui animait notre projet dans un espace ouvert au passage quotidien des visiteurs. Nous avons décidé de transformer notre atelier dans un laboratoire expérimental habité par des collaborateurs aux formations diverses. Ce laboratoire prend forme fondamentalement par les activités suivantes : rencontres, expositions, ateliers, émissions radio et recherches théâtrales.

Pour animer les rencontres nous avons invité à chaque séance hebdomadaire deux à trois participants pour exposer leur parcours personnel sous la perspective d’une problématique issue de la tradition artistique, celles-ci étant : qu’est-ce qu'est créer ensemble ? en quoi consiste la dimension politique de l’art ? qu’est-ce que les évolutions dans les techniques de production et reproduction de l'image apportent à l’art ? comment envisager l’œuvre d’art par son contenu processuel ? l’idée étant de penser à l’aune des parcours singuliers et dans le dialogue ouvert à un public hétérogène des problématiques concernant l’histoire de l’art. Intervenants et public s’y livraient ainsi à un exercice théorique collectif d’ordre historique spéculative.

Autours de l’axe expositions, les activités cherchent la construction d'un espace de réception ouvert et qualitativement diffuse par le biais du questionnement sur certains catégories constitutives de l'univers de l'art: commissaire d'art, artiste, oeuvre d'art, espace d'exposition et public. Pour cela, nous nous livrons à l’exercice de mettre en valeur des procédés auto-dérisoires afin de rendre problématique n'importe quelle attribution d’autorité aux catégories ci-dessus. Ainsi, des exercices proposés au public comme chercher à l’aide d’un binocle nos propositions théoriques cachées quelque part dans la salle de la galerie ou chanter dans le rythme de la valse à mille temps le texte de présentation d’exposition. Ou, sur les aspects de la création artistique nous avons conceptualisé une proposition nommée transfert de support. En partant de l’idée que tout création est avant tout détournement de quelque chose d’autre, et que son fondement est nécessairement collectif, nous avons créer un dispositif de production d’œuvres qui comprenait les règles suivantes :

  1. le premier participant devait exposer une idée d’œuvre et les voies qu’il allait entreprendre pour la matérialiser.
  2. ensuite, il fallait qu’un deuxième participant formule une nouvelle proposition d’œuvre à travers l’idée exposée par le premier participant. Dans la présentation publique de son idée-sur-l’idée de l’œuvre, le deuxième participant doit justifier sa proposition par l’analyse concrète de l’idée exposée par le premier participant.
  3. le jeu suit cette même dynamique jusqu’on arrive au cinquième participant.

Transfert de support consiste dans une proposition expérimentale au sein de laquelle nous rendions public le processus de décomposition de l'oeuvre. Nous avons poussé, donc, les artistes participants à inscrire leur démarche créative dans un projet fondamentalement collectif. Il s’agit d’une proposition de création sous contraintes qui a pour but de remettre en valeur le sens même du concept d'exposition et ses catégories estanques, en détournant les conditions de réception de l'oeuvre et en problématisant le geste créateur son origine stable.

En ce qui concerne les ateliers, ils étaient des activités ouverts, dont le public était libre de s’impliquer comme il voulait. Il s’agissait des moments pour partager des connaissances liés à des techniques proposées par nos inter¬venants. La dimension constructive de la technique a été toujours envisagée par son potentiel processuel, à savoir de la production de différence au sein de la propre reproductibilité. Nous avons, donc, privilégié au sein des ateliers de revisiter les principes générateurs des techniques dites primitives et/ou rudimentaires, ainsi qu’à ce que ressort d’opérations analogiques.

Nos émissions radio débutent en mars 2017. Ils étaient diffusés tous les mercredis à la station-pirate Radio José sur la fréquence 107,09. Nos émissions sont composées d’un collage d’archives audio variées et parlées/chantées en différentes langues. L’écoute y est le premier outil mis en place dans notre recherche pour la composition d’un kaléidoscope sonore. Pour concevoir nos émissions, nous utilisons des archives trouvées sur internet, comme également nous y diffusions des paysages acoustiques qui suivent différents principes :
/ connexion-matière : enregistrements de son quotidien des villes étrangères
/ mémoire-matière : description par cœur des productions culturelles diverses (un film, un livre, une exposition, une musique, un événement, etc.) l’idée est de voir comment la mémoire s’approprie et récrée à sa manière des choses vues et entendues.
/ matières-sonores : faire connaître des outils de travail à partir des sons qu’ils produisent
/matière-climatique : diffusion de la météo des villes inconnues.

Nos recherches théâtrales sont menées par la chercheuse et directrice de théâtre Florencia Dansilio au sein d'un laboratoire scénique appelé matière com¬mune. Ce labo est un espace de recherche et de créa¬tion théâ¬trale qui explore l’interface du réel et de la fic¬tion à tra¬vers l’interaction des méth¬odes et des con¬cepts pro¬pres aux sci-ences sociales. En se ré-appropriant des méthodolo¬gies et des dis¬posi¬tifs provenant des arts de la scène, l’objectif est de trou¬ver de points de fric¬tion, de dia¬logue et de con¬t¬a¬m¬i¬na¬tion entre les codes de l’art et de la sociologie.

Acte II — gagner en couleur ce qui on perd en transparence

Notre déménagement en janvier 2018 à Cachan — banlieue sud de Paris — a été un tournant fondamental de notre projet.
Nous avons décidé d’habiter ensemble et d’instaurer notre laboratoire de recherche artistique au cœur de notre maison. Celle-ci consistait dans un lieu de tra¬vail, mais aussi de vie com¬mune, où les questionnements sur nos pra¬tiques artis¬tiques étaient directement traversés par les interrogations sur vivre ensemble. Nous avons, ainsi, transformé notre maison à vivre dans un modèle réduit d’une usine tourné vers la création artistique. Les espaces originellement conçus pour l’aménagement de la vie privée - garage, salle à manger et cuisine, cave, jardin et terrasse - étaient fréquemment détournés :

1.le garage devient atelier mécanique de vélo, mais aussi un espace de projection ou atelier de restauration en bois ou salle d'exposition…
2.la salle à manger et cuisine devient une espace d'expérimentation théâtrale qui devient salle de théâtre, lieu de tournage de film et, également, une cantine, une boulangerie et même un laboratoire de fermentation des aliments…
3.la cave devient laboratoire photo, salle d’exposition, bureau pour le montage cinématographique...
4.le jardin et la terrasse deviennent lieux de circulations diverses, zones de liaison et croisements entre les différents espaces.

Nous avons partagé notre maison également avec des artistes provenants de différentes villes dans le monde (Berlin, Atafona, Montevideo, Rio de Janeiro, São Paulo, Cidade do Mexico, etc.) avec lesquels avons échangé des tâches domestiques et des savoirs artistiques. Au sein de cette expérience commune nous avons conçu des filmes, des vidéo-art, des performances musicales, des pièces de théâtre, des essaies photographiques, des catalogues et publications, des expositions, en plus de tout le contenu collectif immatériel qui est toujours en cours dans la continuation des projets menés ensemble.

Les espaces de notre maison, au caractère versatile, étaient ainsi des lieux d'auto-construction collectif où il était en marche des processus continus et simultanés de formation et de déformation des structures, toujours ouverts à des nouvelles appropriations et bricolages.

Acte III - la page blanche est seulement un mirage

Suite au projet "Maison"qui a duré deux ans et demi dans un huis-clos, nous avons décidé d'entreprendre un changement radical, un processus à l'inverse de habiter ensemble dans un même espace-temps et dans un même pays. En ce moment, nous sommes dispersés, entre la France et le Brésil, et cherchons, donc, à explorer toujours par le biais de la création artistique collective les difficultés et les barrières imposés par le contexte des pandémies.

le premier format numérique de matière_revue est un énorme "chantier" d'archives issues des activités que nous avons organisé.

fondateurs/membres :

Carolina Alfradique
Diogo Oliveira
Vincent Pouydesseau
Luciana Araujo de Paula

[en]
Matière-revue is an art collective that revisits the notions of work, exhibition and knowledge in the untimely manner of a handyman.

We see artistic creation as the result of a collective practice of appropriation, diversion and falsification of the ideas and procedures that make up our concrete life. For us, creation thus consists of placing our daily habits and certain objects to which we attribute a stable meaning in an experimental situation.

As far as curatorial practice is concerned, we do not see it as a neutral field, but as an approach that necessarily claims to modify the meanings specific to the material it presents. It is thus a potentially inventive activity, nourished by a reflection that aims to question the conditions of reception of a work.

Through the circulation of knowledge, we understand it as a collective theoretical exercise of critical inscription of our contemporaneity in a broader understanding of art history. The idea being to investigate aspects of the artistic tradition that can help us to advance on contemporary questions.

From September 2016 to December 2017 our collective was invited to hold a workshop within the temporary occupation of the Saint-Vincent de Paul Hospital in the 14th arrondissement of Paris, as part of the Grands Voisins project. We had the opportunity to work on the issues that animated our project in a space open to the daily passage of visitors. We decided to transform our workshop into an experimental laboratory inhabited by employees with various backgrounds. This laboratory takes shape fundamentally through the following activities: conferences, exhibitions, workshops, radio broadcasts and theatrical research.

Our move in January 2018 to Cachan - a southern suburb of Paris - was a fundamental turning point in our project. We decided to live together and set up our artistic research laboratory in the heart of our house. This consisted in a place of work, but also of living together, where questions about our artistic practices were directly crossed by questions about living together. We thus transformed our house into a model of a factory oriented towards artistic creation. The spaces originally designed for the layout of private life - garage, dining room and kitchen, cellar, garden and terrace - were frequently misappropriated.The spaces of our house, with their versatile character, were thus places of collective self-construction where continuous and simultaneous processes of formation and deformation of structures were in progress, always open to new appropriations and do-it-yourself projects.
2018-19